Une retraite à deux versants

Une nouvelle fois, je fais des liens entre les langues. Cette fois-ci je tourne autour de la retraite au sens de la fin de l’activité professionnelle. En français déjà, on peut jouer avec le mot, il peut signifier un mouvement, le lieu où l’on vient s’abriter, et aujourd’hui l’argent qu’on perçoit pendant cette période de la vie. Quelle polysémie !

En anglais les retraités sont des pensioners et en allemand ce sont des Rentner. Même s’il y a le mot traite dans retraite, il n’y a étymologiquement aucun lien en français. Au cœur de ces mots, se trouve l’argent perçu chaque mois et donc en filigrane le système qui permet d’épargner de l’argent pour nos vieux jours. La pension perçue par les vieux anglais vient du latin pensum qui signifie le “payement” et qui vient lui même du mot pendere qui veut dire “peser”. Cela permet de se rappeler que la valeur de la monnaie fut longtemps liée au poids de la matière qui la constituait. La rente vient elle aussi du latin, du mot reddita qui signifie “les choses rendues”. Ainsi la rente est perçue en retour, un revenu reçu régulièrement en retour d’un capital, d’un contrat ou même d’une position sociale. Il faut donc faire attention au faux-ami allemand rentnerer et ne pas confondre retraité et rentier.

Toutefois il ne faut pas s’arrêter à l’aspect financier. Devenir retraité est synonyme dans nos imaginaires de se retirer du monde dans un endroit tranquille, idéalement à la campagne. Les pensioners anglais sont retired, “retirés” en français. De même en Allemand, la retraite est un état calme ou Ruhestand (ruhe = calme, stand = état).

Alors que le débat sur les retraites revient et tend à se focaliser sur les aspects financiers, on pourrait vouloir élargir le débat et regarder les 2 versants du mot “retraite”. Que veut-on faire de ce temps non travaillé ? Peut-il exister un entre deux entre le tumulte de la vie active et le calme de l’inactivité professionnelle ? La vie s’allonge, le calme sera long si on sort complètement du monde.

One Comment

  1. HERVE Chaygneaud-Dupuy

    Deux langues européennes rattachent la retraite à d’autres univers que la sortie de la vie active ou son mode de financement :

    en grec, on parle de « syntaxi » : « taxi » ne fait pas référence aux impôts mais à l’ordre et le préfixe « syn » implique l’idée du lien. Les retraites grecques seraient donc associées à un lien entre générations, à une société soucieuse de ménager un ordre où chacun aurait sa place.

    En espagnol enfin, on parle de « jubilatión » qui, comme le terme jubilé en français, est associé à un anniversaire. Issu de l’hébreu « yobel », terme qui désigne la corne pour annoncer la fête, ce mot a une connotation festive que l’on retrouve dans le verbe français jubiler.

    trouvé sur le site https://www.mfp-retraite.fr/content/retrait%C3%A9-ou-senior-les-mots-ont-leur-importance

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