Quel lien entre du caviar et une rédaction ?

Dans la version du roman Le Maitre et Marguerite de Boulgakov que j’avais, de petits crochets ponctuaient les pages. Parfois un bout de phrase ou une phrase complète, parfois un paragraphe entier. Autant de morceaux qui n’existaient pas lors de la première édition française du livre des années 70, “un livre tout fin” m’a confié ma grand-mère quand le mien plein de crochets faisaient des centaines de pages. Le jeu consistait alors à se mettre dans le cerveau d’un censeur de l’URSS. Pourquoi avoir enlever ce mot, cette histoire ?

Cette édition cherchait à montrer l’histoire de ce roman des années 20 longtemps censuré. A l’inverse, les documents “classés secret défense” ou “classified” en anglais (même pas besoin de parler de secret en anglais), sont couverts de gros traits noirs qui couvrent un mot ou des lignes entières. En français on dira de ce texte qu’il est caviardé, recouvert de petits tas aussi noir que du caviar. En anglais un faux ami sert de traduction. Ce même texte sera ainsi redacted. Le français rédiger et l’anglais to redact viennent du latin redigere qui signifit “collecter, disposer ou réduire”* Ainsi chaque langue utilise la même racine mais l’usage du mot à quelque peu évolué : les uns rédigent en ajoutant et modifiant le texte, les autres le modifient en en cachant des bouts. J’imagine bien la consigne bancale d’un professeur à ses élèves : “you will redact a text for next Monday about your holiday” (vous caviarderez pour lundi un texte sur vos vacances). Un exercice intéressant quoique.

*Selon l’article suivant :
https://www.courrierinternational.com/article/histoire-le-caviardage-ces-barres-noires-qui-nous-cachent-la-verite

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