Fréquence stress – parler dans une langue étrangère

Il faut faire un détour par le japonais pour mettre des mots sur le complexe qu’on éprouve à parler une langue étrangère. Pourtant on sait les Français en proie aux doutes lorsqu’ils s’expriment dans une autre langue : peur de sonner ridicule, de ne pas être assez bon, de faire des fautes de prononciation, d’intonation, d’accord, etc. Ce stress ressenti lorsqu’on parle une langue étrangère se dit yoko meshi, soit “manger son repas de côté”, ce qui en effet est peu pratique !*

Pour parler une langue étrangère, il faut accepter de devenir quelqu’un d’autre, comme le souligne Haruki Murakami. La voix se modifie et le vocabulaire (d’autant plus au début) détermine ce que l’on dit et les blagues que l’on fait. Une amie espagnole me racontait que ses camarades de classe riaient à la prononciation des sons nasaux français “an”, “in”, “oin”, etc. De même au lycée nous imitions un canard pour prononcer la lettre russe Ы.

Pour dompter ces difficultés, certains professeurs sont inventifs. Une professeure de chinois fait chanter ses étudiants pour qu’ils entendent la notion de tons. La méthode Tomatis, du nom de son inventeur, s’attache à former l’oreille à de nouvelles fréquences, partant que chaque langue aurait ses fréquences propres.**

Source : Clé Montpellier, centre d’apprentissage de langues basé sur la méthode Tomatis

Si le constat sur les différences de fréquences est intuitivement juste, il faut néanmoins être prudent quant aux constats que l’on tire. Il n’est pas impossible à un Français d’apprendre à parler anglais en gommant son accent d’origine, comme il n’est pas automatiquement plus facile à un Russe qui couvre un champ fréquentiel plus large d’apprendre des langues étrangères. Tout apprentissage est coefficient des efforts déployés et de l’exposition à la langue. Ne nous embourbons pas dans une fatalité confortable.

Toutefois conserver son accent alors qu’on est installé depuis des décennies dans son pays d’adoption n’est pas rare. C’est une manière de maintenir une trace de son identité, selon mon professeur de linguistique espagnol à UBC (University of British Columbia, Canada). Apprendre une langue étrangère est aussi un exercice d’acculturation et les professeurs de langues ont bien des ressorts psychologiques à prendre en compte !

* Si certains lecteurs sont Nipponophones, je suis preneuse d’un commentaire expliquant l’origine de cette expression.
** Le constat est basé sur l’étude des consonnes. Par ici pour lire plus en détails : www.tomatis.com/fr

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