Ces mots qui traversent facilement les frontières

Ce sont les premiers mots qu’un élève en échange scolaire linguistique apprendra : les insultes ! Peu importe la langue, ce sera leur premier sujet de conversation, pour avoir l’air cool de retour dans la cour du collège ou “au cas-où” pour comprendre s’ils sont insultés. Les gros mots français et anglais sont tous liés de près ou de loin à la sexualité et la scatologie. Il s’agit pour les renouveler de les enchaîner les uns aux autres comme des perles à la façon du Capitaine Haddock*. Les Québécois nous semblent donc bien exotiques à fabriquer leurs jurons à partir d’éléments du rite catholique.

A ce jour, je pense avoir trouvé la plus originale des insultes au sein de la langue swahili. En swahili, tous les mots prennent un préfixe d’accord. Un de ces préfixes permet notamment d’identifier les mots désignant les êtres animés m- au singulier et wa- au pluriel. La pire insulte est d’omettre ce préfixe en s’adressant à quelqu’un. On vient ainsi de lui dénier sa qualité d’être vivant ! On peut imaginer ranger la personne dans la classe des chaises et des couteaux aux préfixes ki- ou vi-. Subtile et redoutablement percutant… mais difficilement traduisible !

Reste une question : pourquoi parle-t-on de gros mots en français ? L’anglais est plus direct, on dit aux enfants anglophones de ne pas dire de mauvais mots (bad words) ou de mots sales (dirty words). Ces mots-là seraient-ils trop gros comme ces enfants sont trop petits ? Une question de proportionnalité entre mots et réalités ?

* BONUS : un générateur de jurons du Capitaine Haddock >> www.zoglu.net/haddock

2 Comments

  1. Roxane

    Merci Raphaëlle pour cette note éclairante ! C’est vrai que ce sont souvent les insultes qui mobilisent le plus l’attention des apprenants (cf. les yeux pétillants de ces derniers dès que l’on aborde le sujet !). Ce qui est intéressant dans le cas du swahili que tu présentes, c’est que – en plus d’avoir des mots réservés à cet effet – c’est aussi la structure même de la langue qui détermine la nature insultante d’un mot. Qui savait que la syntaxe pouvait être aussi redoutable 🙂

    Pour le français et l’anglais je suis aussi frappée par le double sens attribué au mot “jurer” que l’on retrouve dans les deux langues. D’un côté, une idée qui se rapproche plus d’un acte solennelle : “Do you swear to tell the truth, the whole truth and nothing but the truth?” et de l’autre une pratique jugée vulgaire (enfin ça dépend aussi du contexte !) ou tout du moins pas forcément encouragée. Pourquoi désigner ces deux réalités par le même mot ?

    Enfin, la notion de “gros” mot en français est en effet très particulière. Est-ce qu’il est plus facile pour un enfant de saisir la nature “naughty” de ces mots en évoquant leur taille ?

  2. Jeremy Styles

    Très intéressant! En effet je pense que les gros mots sont en effet ceux qui sont le plus rapidement maitrisés par les étudiants en échange avides d’expériences culturelles. Toutefois, qu’en est-il de l’intonation insultante? Qui ne s’est pas déjà trouvé dans une situation (pour moi le plus souvent des conflits administratif), où la surenchère de formules de politesse mariée au ton de voix le plus condescendant possible peu être bien plus tranchant que n’importe quelle insulte. Comment expliquer tout ça à nos copains venus en Erasmus?!

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